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Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel (Prix Goncourt des lycéens)

« Le Rapport de Brodeck » est un roman marquant de Philippe Claudel, publié en 2007 et récompensé la même année par le prestigieux Prix Goncourt des lycéens. À travers l’histoire de Brodeck, survivant des camps de concentration chargé de rédiger un rapport sur un crime commis dans son village, l’auteur explore les thèmes universels de la mémoire, de la culpabilité et de la peur de l’autre.

Ce roman, souvent comparé à des œuvres majeures comme « Les Âmes grises » du même auteur, s’impose comme une réflexion profonde sur la nature humaine et les mécanismes de l’exclusion. Découvrez ci-dessous un résumé complet, une analyse des personnages et des thèmes, ainsi que des avis et critiques pour mieux appréhender cette œuvre incontournable de la littérature contemporaine.

L’histoire se déroule dans un village isolé d’Europe de l’Est, peu après la Seconde Guerre mondiale. Brodeck, le narrateur, est un survivant des camps de concentration. À son retour, les villageois lui confient une mission délicate : rédiger un rapport officiel sur la mort mystérieuse d’un étranger, surnommé « l’Anderer » (« l’Autre »).

Cet étranger, artiste et marginal, a été assassiné par les habitants du village lors d’un événement qu’ils appellent « l’Ereigniës » (« la chose qui s’est passée »). Brodeck, bien que réticent, accepte de mener l’enquête et de coucher sur le papier les circonstances de ce crime. Mais en écrivant, il est confronté à ses propres souvenirs, à la lâcheté des villageois, et à la question de sa propre responsabilité.

Le roman alterne entre le présent de l’enquête et les flashbacks de Brodeck, révélant peu à peu les horreurs dont il a été témoin et acteur, ainsi que les mécanismes de la haine et de l’exclusion qui ont conduit au meurtre de l’Anderer.

Analyse des personnages

Brodeck

Brodeck est le personnage central du roman. Survivant des camps, il incarne la figure du témoin et du porteur de mémoire. Son nom, son âge et sa nationalité restent flous, ce qui renforce son statut d’homme universel, marqué par l’Histoire et la barbarie. Brodeck est tiraillé entre son devoir de vérité et la peur des représailles, entre son désir de justice et sa propre culpabilité.

L’Anderer (« l’Autre »)

L’Anderer est un étranger mystérieux, artiste et solitaire, dont la seule présence dérange l’ordre établi du village. Il devient le bouc émissaire idéal, victime de la peur et de l’intolérance des habitants. Son assassinat symbolise la violence collective et la lâcheté face à la différence.

Fédorine

Fédorine est une autre « rescapée », originaire comme Brodeck des régions dévastées par la guerre. Elle représente la résistance et l’espoir, mais porte aussi les stigmates de la violence subie.


Thèmes principaux

La mémoire et l’oubli

Philippe Claudel interroge la capacité des hommes à se souvenir et à oublier. Le rapport de Brodeck est à la fois un devoir de mémoire et une tentative de comprendre l’indicible. Le roman montre comment le passé, même enfoui, resurgit toujours.

La culpabilité collective

Le village tout entier est complice du meurtre de l’Anderer. Brodeck, en rédigeant son rapport, met en lumière la responsabilité de chacun, y compris la sienne. Le roman questionne la notion de culpabilité partagée et la lâcheté des « gens ordinaires ».

L’exclusion et la peur de l’autre

L’Anderer est tué parce qu’il est différent. Le roman dénonce l’intolérance, la peur de l’inconnu et les mécanismes qui mènent à l’exclusion et à la violence.

Prix et distinctions

  • Prix Goncourt des lycéens 2007 : Ce roman a été récompensé par les lycéens, soulignant son impact sur les jeunes générations.
  • Adaptations : Le roman a inspiré un roman graphique, salué pour sa fidélité à l’œuvre originale et sa puissance visuelle.

Pour aller plus loin

Un court extrait du livre Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel

Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer.

Mais les autres m’ont forcé : « Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. » J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : « Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses. Ça suffira. Nous on ne sait pas faire cela. On s’embrouillerait, mais toi, tu diras, et alors ils te croiront. Et en plus, tu as la machine. » La machine, elle est très vieille. Plusieurs de ses touches sont cassées. Je n’ai rien pour la réparer. Elle est capricieuse. Elle est éreintée. Il lui arrive de se bloquer sans m’avertir comme si elle se cabrait. Mais cela, je ne l’ai pas dit car je n’avais pas envie de finir comme l’Anderer.

Le rapport de Brodeck – Philippe Claudel
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