Présentation de l’intrigue
« Profession du père » est un roman de Sorj Chalandon, publié en 2015. L’histoire se déroule dans les années 1960 et 1970 et raconte la relation complexe entre le narrateur, Émile et son père. Le récit se base sur des souvenirs d’enfance de l’auteur, marqués par la figure paternelle imposante et souvent tyrannique.
André Choulans est un homme charismatique mais instable, ancien résistant et communiste. Il est surtout un mythomane, inventant des histoires sur son passé et ses exploits. Émile, le narrateur, grandit dans l’ombre de ce père envahissant, oscillant entre admiration et crainte. Le père d’Émile se présente comme un héros de la Résistance, un espion, un ami proche du général de Gaulle, et même un agent secret. Ces récits grandioses fascinent Émile, mais ils créent également une distance émotionnelle entre eux.
Le roman explore les conséquences de ces mensonges sur la vie d’Émile. À mesure qu’il grandit, il commence à douter des histoires de son père et à découvrir la vérité sur son passé. Cette quête de vérité est douloureuse et déstabilisante pour Émile, qui doit réconcilier l’image idéalisée de son père avec la réalité. Le récit est ponctué de moments de tension, mais aussi de tendresse et de complicité entre père et fils.
L’un des thèmes centraux du livre est la construction de l’identité. Émile doit naviguer entre la mythologie du père et sa perception de la réalité. Cette dualité crée une tension constante dans le roman, où Émile cherche à se définir en dehors de l’ombre de son père. Le livre aborde également les thèmes de la mémoire, de la vérité et du mensonge, ainsi que les conséquences des actions passées sur les générations futures.
Le style d’écriture de Sorj Chalandon est à la fois poétique et incisif. Il utilise des descriptions précises et des dialogues percutants pour immerger le lecteur dans l’univers intime et complexe de la famille Choulans. Le récit est marqué par une grande sensibilité et une profondeur émotionnelle, rendant les personnages vivants et attachants malgré leurs défauts.
Présentation de l’auteur
Sorj Chalandon est un écrivain et journaliste français né en 1952. Il a commencé sa carrière comme reporter de guerre, couvrant des conflits dans le monde entier, notamment en Irlande du Nord, en Afghanistan et au Liban. Cette expérience a profondément influencé son écriture, lui donnant une perspective unique sur les conflits humains et les traumatismes.
En 2005, Sorj Chalandon publie son premier roman, « Le Petit Bonzi », qui reçoit un accueil critique positif. Depuis, il a écrit plusieurs autres romans, dont « Une promesse » (2006), « Mon traître » (2008), « Une joie féroce » (2019) et « Retour à Killybegs » (2011). Ses œuvres sont souvent marquées par des thèmes de trahison, de loyauté et de quête de vérité, reflétant son passé de journaliste et ses expériences personnelles.
« Profession du père » est l’un de ses romans les plus personnels, s’inspirant directement de sa propre enfance et de sa relation avec son père. Le livre a été salué pour son honnêteté, et a reçu plusieurs prix littéraires, dont le Prix du Style en 2015.
Sorj Chalandon est également connu pour son engagement en faveur des droits de l’homme et de la justice sociale. Il a souvent utilisé sa plume pour dénoncer les injustices, que ce soit dans ses reportages ou dans ses romans. Son écriture est caractérisée par une grande empathie pour les personnages et une volonté de comprendre les complexités de la nature humaine.
En conclusion, « Profession du père » est un roman émouvant qui explore les thèmes de l’identité, de la mémoire et de la vérité. À travers le récit intime et personnel de Sorj Chalandon, le lecteur est invité à réfléchir sur les relations familiales et les conséquences des actions passées.
Un extrait du livre
Un soir de juin 1958, une amie de ma mère l’avait invitée à un récital des Compagnons de la Chanson, au théâtre romain. J’avais neuf ans. C’était la première fois qu’elle demandait à sortir seule le soir. Même avant ma naissance, mon père s’y était toujours opposé. Elle n’avait jamais vu un artiste sur scène. Sa copine s’appelait madame Labarrès. Elle avait gagné deux billets pour le gala en participant au jeu « Radio Théâtre » organisé par Radio Luxembourg. Elle vivait seule, sans enfant. Elle partageait le bureau de ma mère à la Société des Transports en Commun. Et avait réussi à la convaincre.
« Profession du père » de Sorj Chalandon
C’était un samedi. Ma mère avait demandé la permission, mais mon père ne lui avait rien répondu. Pas un mot, pas un geste. Elle pouvait bien s’absenter jusqu’à 9 heures, non ? Et puis il connaissait madame Labarrès. Elle accompagnerait maman et la ramènerait. Où était le risque?
J’étais dans le salon. Il regardait par la fenêtre, sa femme debout derrière. Elle m’a demandé d’aller dans ma chambre et de fermer la porte. Je me suis réfugié dans mon carnet à dessin, que j’ouvrais dès que j’avais peur. Assis sur mon lit, j’ai colorié la moitié de la page avec application. Une plage, jaune et orange avec des reflets blancs. Et aussi le bleu marin, le mouvement des vagues et leur mousse d’écume. Ensuite, j’ai dessiné un enfant, très haut dans un ciel de pluie. Pantalon vert, chemise blanche, les cheveux en désordre, je lui ai offert un sourire et fermé les yeux. Il planait dans le vent, entre les nuages, un ballon rouge dans chaque main. Et puis j’ai attaché un fil à sa cheville, le transformant en cerf-volant. J’avais toujours rêvé d’un cerf-volant. Je m’en étais fabriqué un avec un sac plastique et des branches de cerisier. Il n’avait jamais volé. Parce qu’il n’y avait pas de vent, ni de sable, ni de mer, ni de bras autour de mon épaule pour guider ma main vers ‘e ciel. Le dessin était terminé. J’ai signé Picasso.







