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Vous plaisantez, monsieur Tanner de Jean-Paul Dubois

Jean-Paul Dubois a le Femina pour Une Vie Française et le Goncourt pour Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. Entre les deux, il a écrit Vous plaisantez, monsieur Tanner — deux cents pages sur des travaux qui n’en finissent pas, publiées en 2006 aux Éditions de l’Olivier. Ce n’est pas le Dubois qu’on cite, et c’est peut-être le plus honnête.

Paul Tanner, documentariste animalier, hérite d’une grande maison délabrée. Il décide de la rénover. C’est à peu près tout ce qu’il faut savoir de l’intrigue, parce que l’intrigue n’est pas le sujet. Le sujet, c’est le défilé. Couvreurs délinquants, électriciens étourdis, maçons qui réquisitionnent les outils du propriétaire et finissent par s’installer comme en territoire conquis. Dubois les nomme avec précision, les date, les situe, et les laisse parler. Parmi eux, des ouvriers recrutés au noir — Polonais, Marocains, portraits de cette France du travail invisible que personne ne romanise jamais vraiment, et que Dubois traite avec le même mélange de caustique et de tendresse qu’il réserve à tous ses personnages. Tanner se retrouve « une sorte de collaborateur passif » dans sa propre maison, et la formule est exacte.

Ce qui fait tenir le livre, c’est le style. Dubois écrit court, sec, avec des formules qui claquent et un sens du rythme que seuls les bons journalistes acquièrent — il a été grand reporter au Nouvel Observateur pendant des années. On rit souvent. Et on finit par se demander si ce chantier interminable n’est pas, sous les gravats, une méditation assez juste sur ce que signifie posséder quelque chose — une maison, une vie — sans jamais vraiment en avoir le contrôle.

Pas le Dubois le plus ambitieux. Le plus drôle, assurément, et peut-être le plus lucide.


Vous plaisantez, monsieur Tanner, Jean-Paul Dubois, Éditions de l’Olivier, 2006 ; Points, 200 pages.

Ce livre forme un diptyque naturel avec L’Amérique m’inquiète : le même regard, la même ironie, une matière d’une tout autre gravité. Les deux se lisent dans n’importe quel ordre, et chacun donne envie de relire l’autre.

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