Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois
L’homme qui tombe à pic, deux fois
Le cas Sneijder, c’est le récit par le héros de sa propre chute, à double titre. Tout débute par un accident d’ascenseur : l’habitacle se détache et Paul est le seul survivant. Sa fille, qui était avec lui, meurt sous ses yeux.
Cet accident va agir dans la vie de Paul comme un révélateur. D’abord vis-à-vis de sa femme qui avait toujours refusé de recevoir la fille de Paul, issue d’une première union, ensuite de son travail qu’il quitte sans regrets. Ne pouvant pas rester enfermé, il trouve un emploi de promeneur canin. Et même si sa famille réprouve ce travail trop peu qualifié, Paul y trouve un nouvel équilibre.
L’autre point d’entrée du roman, ce sont les ascenseurs eux-mêmes. En cherchant à comprendre comment celui qui a brisé sa vie a pu se décrocher, Paul accumule les lectures sur l’univers des ascenseurs. De nombreuses anecdotes sont distillées au fil des pages, et surtout une réflexion sur ce que les ascenseurs ont apporté à l’humanité : ils ne permettent pas seulement d’économiser sa peine, ils façonnent un monde vertical dans lequel la concentration humaine devient possible. Aucune mégalopole n’est concevable sans ascenseurs. De là à dire qu’ils déshumanisent la société en la rendant plus individualiste, il n’y a qu’un étage.
Dans un style toujours impeccable et aussi peu tape-à-l’œil que possible, Jean-Paul Dubois fait encore une fois un coup au but. Un livre sur un type dépressif, promeneur de chiens le jour et érudit de l’ascenseur la nuit : ce n’est pas facile à vendre, et on sent bien que ce n’est pas le but. Mais Dubois n’a pas son pareil pour faire rire, même d’un drame affreux, en créant des situations cocasses à partir d’éléments parfaitement sinistres. C’est pour ça qu’on l’aime.
Pour continuer dans l’œuvre de Dubois, nos critiques des Accommodements raisonnables, d’Hommes entre eux et d’Une année sous silence. Et pour le Dubois plus léger, Vous plaisantez, monsieur Tanner et L’Amérique m’inquiète.
Un court extrait du livre
– Tu t’es fait embaucher, à ton âge, comme promeneur de chiens ? Mais c’est un boulot de gamins, ça ! Ça n’a aucun sens ! Tu vas me faire le plaisir de laisser tomber cette idée, je crois vraiment que tu perds la tête.
Le cas Sneijder, Jean-Paul Dubois
– Je vais faire ce travail. Et je commence lundi prochain.
– Et handler, c’est quoi ?
– Il faut présenter des chiens de race dans des concours, courir à côté d’eux. C’est un peu ridicule, mais ce n’est que deux fois par mois.
– Un peu ridicule ? Promeneur et montreur de chiens. Je suis fatigué, Anna. Fatigué de voir que tu ne comprends rien à rien. La seule chose qui me paraisse encore vivante dans cette maison, ce sont les cendres de ma fille.
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