Les accommodements raisonnables de Jean-Paul Dubois

Publié le 13 avril 2010
Les accommodements raisonnables de Jean-Paul Dubois

J’aime beaucoup Jean-Paul Dubois. Il y a dans ses livres un certain nombre de constantes qui font que je ne trouve jamais le livre mauvais. Moins bon que le reste, c’est la pire des sentences qu’a réussi à m’arracher la lecture d’un de ses livres.

Entre Toulouse et Hollywood

Dans Les accommodements raisonnables, il est question de Paul, dont la femme est dépressive et à qui on propose de partir quelques mois en Californie pour participer à l’écriture d’un scénario pour un film français à transposer aux États-Unis. C’est l’occasion pour Paul de fuir son quotidien. Sa femme demande à être internée et donne des consignes pour ne surtout pas avoir de contact avec son mari. Paul part donc la mort dans l’âme.

Une fois sur place il rencontre une jeune femme qui est le sosie de sa femme avec vingt ans de moins. Pour Paul c’est le début d’une passade. Mais à l’image de ses deux femmes, les États-Unis et la France sont mis face à face dans un jeu de miroirs passionnant.

Jean-Paul Dubois et ses constantes

Les romans de Dubois frappent par des récurrences qu’on retrouve de livre en livre : la passion du narrateur pour les tondeuses à gazon, la femme qui s’appelle Anna, le héros dépressif qui a envie de fumer et regrette d’avoir arrêté, la voiture de collection, la scène dans un motel au moment où le premier homme pose le pied sur la lune. La grande joie de lire un Dubois : observer comment ces éléments vont se combiner, lesquels il laissera de côté cette fois-ci. La deuxième grande qualité de Dubois, c’est son style : des phrases courtes, simples, extrêmement habiles dans l’usage de la métaphore. Il a l’art de rendre cocasse ce qui est tragique. C’est un régal.

Pour continuer avec Dubois, nos critiques de Hommes entre eux, d’Une année sous silence et du Cas Sneijder explorent la même veine, le narrateur en retrait, l’humour comme seul recours. Et pour un Dubois plus léger mais tout aussi précis, Vous plaisantez, monsieur Tanner et L’Amérique m’inquiète montrent le même regard appliqué à une autre matière.

Un court extrait du livre

Je n’avais jamais aimé Charles Stern. Avec son visage bourbonien, avachi, sans caractère — trop de chair, pas assez d’os —, ses manières prétentieuses et cette façon désinvolte qu’il avait de traiter les autres, il me mettait mal à l’aise. L’idée que nous étions de la même famille m’était très difficile à accepter. Charles Stern me faisait honte.

Sa mort aujourd’hui me laissait totalement indifférent. En revanche, elle semblait donner un surcroît de vitalité à mon père, lequel, en dépit de ses soixante-dix-huit ans, n’en avait nul besoin. Depuis le décès de son frère, survenu voilà à peine deux jours, Alexandre Stern bourdonnait, s’occupait de tout, négociait pied à pied avec les entreprises funéraires, contactait les proches et la famille, harcelait le notaire et les fonctionnaires de l’état civil. Moi qui le connaissais mieux que quiconque, je voyais bien le plaisir qu’il prenait à chorégraphier les funérailles de l’homme qu’il avait sans doute haï avec le plus de constance durant toute sa vie.

Les accommodements raisonnables, Jean-Paul Dubois

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