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Tant mieux d’Amélie Nothomb : critique du roman (Albin Michel, 2025)

Amélie Nothomb est l’une des figures les plus visibles de la littérature francophone contemporaine. Née en 1966 à Etterbeek, en Belgique, fille de diplomate, elle a passé son enfance au Japon, en Chine, aux États-Unis et en Birmanie. Elle publie un roman chaque rentrée littéraire depuis Hygiène de l’assassin en 1992. Elle a remporté le prix Renaudot en 2021 pour Premier sang. Son style se distingue par une langue directe, des phrases courtes et une propension à mêler autofiction, conte cruel et humour noir.

Le livre (Albin Michel, 2025)

Tant mieux est son 34e roman. Il s’inscrit dans la continuité de Premier sang, consacré à son père : elle y retrace cette fois la vie de sa mère. Le récit suit Adrienne, une petite fille de quatre ans confiée à sa grand-mère maternelle à Gand en 1942, dans une atmosphère de violence domestique. Face à la cruauté de cette aïeule, l’enfant se forge un mantra comme outil de survie : « tant mieux ». Dans une dernière partie écrite à la première personne, Nothomb révèle que l’histoire n’est pas inventée : Adrienne est sa propre mère, décédée en février 2024 à 86 ans.

Ce que j’en ai pensé

On m’a offert ce livre à Noël, sans que j’aie eu le temps de lire quoi que ce soit à son sujet au préalable. J’abordais donc le récit sans attentes particulières, ce qui est peut-être la meilleure disposition pour le lire.

La première partie m’a laissée dans une impression mitigée. J’ai eu du mal à m’y ancrer vraiment : l’histoire sonnait davantage comme une fable que comme un roman réaliste. L’atmosphère tenait d’un conte de fées revisité à la manière de Stephen King — une noirceur stylisée, des personnages presque archétypaux, une violence qui se tient à distance du réel. Ce n’est pas désagréable, mais cela m’a maintenue dans une forme de recul.

La fin, en revanche, m’a prise par surprise. Quand Nothomb abandonne la troisième personne pour parler en son nom, quand la fiction se dévoile comme mémoire et que la petite Adrienne devient sa mère, quelque chose change de nature. Ce basculement m’a touchée. Ce n’est plus du tout le même livre qu’on referme. Ce dispositif formant diptyque avec Premier sang donne à l’ensemble une dimension supplémentaire pour qui lit les deux volumes à la suite.

La réception critique

La presse a globalement bien accueilli le roman. Le Devoir considère que Tant mieux forme un diptyque de qualité avec Premier sang et salue les dernières pages. France Info parle d’une œuvre poignante et intime. Le Carnet et les instants souligne la singularité du dispositif formel mais note que le retournement final est paradoxalement peu surprenant, l’autrice et son éditeur l’ayant largement anticipé lors de la présentation du livre. Culture-Tops soulève des accélérations temporelles déconcertantes dans la narration. Sur Babelio, certains lecteurs pointent un style parfois oral et des répétitions, et la brièveté du texte revient comme grief récurrent.

Tant mieux d’Amélie Nothomb, Albin Michel, 2025, 192 pages.

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