Les Catilinaires
Les Catilinaires est paru en 1995 chez Albin Michel. C’est le troisième roman d’Amélie Nothomb. Il a reçu le Grand Prix Jean Giono la même année.
Émile a soixante ans, sa femme Juliette quelques années de moins. Ils ont passé leur vie active à attendre ce moment : la retraite, la maison de campagne, la solitude à deux. Ils ont trouvé la maison, dans les bois, à l’écart, exactement ce qu’ils voulaient. Leur voisin le plus proche s’appelle Palamède Bernardin. Au début du roman, il vient frapper à leur porte pour se présenter. Cela semble anodin.
Ce n’est pas anodin. Bernardin revient le lendemain, à seize heures. Puis le surlendemain. Puis chaque jour, à la même heure, jusqu’à dix-huit heures précises. Il s’assoit, il regarde dans le vide, il ne parle pas, ou presque pas. Ses rares interventions sont monosyllabiques et sans intérêt. Il prend le thé qu’on lui tend, mange les gâteaux, repart sans un mot. Et il reviendra le lendemain.
C’est ici que commence le vrai roman dans la question irrésoluble de ce qu’on fait d’un être humain dont la présence est intolérable mais qui ne commet rien d’illégal. Émile tente de parler à Bernardin, de le congédier poliment, de comprendre. En vain. Juliette s’adapte, avec la résignation de qui a appris à vivre dans l’absurde. Ensemble, ils regardent leur paradis se fissurer de l’intérieur.
Le titre renvoie aux Catilinaires de Cicéron : les discours que le consul romain prononça au Sénat contre Catilina, un ennemi intérieur qui sapait la République de l’intérieur. Bernardin est le Catilina d’Émile : une menace qui ne se nomme pas, qui ne s’affronte pas frontalement, qui ronge en persistant. Le roman est une variation sur ce thème : comment une présence passive peut devenir destructrice simplement parce qu’elle ne s’en va pas.
Nothomb pousse l’absurde jusqu’à ses limites, comme elle sait le faire. La figure de Bernadette, la femme de Bernardin qu’Émile finira par découvrir, relève du grotesque pur ; Nothomb ne lâche pas son côté féroce même dans un roman plus sombre que d’habitude. Mais ce qui reste après la lecture, c’est le portrait d’un cauchemar ordinaire : la liberté brisée non par la violence mais par la simple, inexpugnable présence de l’Autre.
Pour un panorama de l’œuvre et des conseils de lecture, voir notre article Par où commencer avec Amélie Nothomb.
Un roman glaçant à sa manière : pas de sang, pas de cri, juste un homme assis dans un salon qui ne veut pas partir. Et c’est suffisant.
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