Rendez-vous avec Rama de Arthur C. Clark

Publié le 30 juin 2010

Il y a des livres qu’on lit pour la réponse, et d’autres pour la question. Rendez-vous avec Rama appartient résolument à la deuxième catégorie. Le roman ne cherche pas à tout expliquer — il pose une énigme et s’y tient, avec une rigueur et une sobriété qui le distinguent de la plupart des grands récits de premier contact. J’y suis revenu plusieurs fois, toujours avec le même sentiment : Clarke était meilleur quand il se taisait que quand il expliquait.

Arthur C. Clarke et l’ambition de la hard science-fiction

Arthur Charles Clarke est né en 1917 en Angleterre et décédé en 2008 au Sri Lanka, où il avait fait sa vie depuis les années 1950. Ingénieur de formation, passionné d’astronomie et de physique, il est l’un des pères fondateurs de la science-fiction « dure » — celle qui s’impose une vraisemblance scientifique et refuse le fantastique déguise en cosmos. On lui doit notamment le concept d’orbite géostationnaire pour les satellites de télécommunication, proposé dès 1945, soit vingt ans avant la réalité technique.

Son catalogue compte plusieurs titres majeurs : 2001 : l’Odyssée de l’espace, écrit en collaboration avec Stanley Kubrick pour accompagner le film, Les Enfants d’Icare, La Cité et les étoiles. Rendez-vous avec Rama, publié en 1973, rem porte la même année le prix Hugo, le prix Nebula et le prix British Science Fiction. C’est probablement son roman le plus accompli.

Un objet cylindrique traverse le système solaire

En 2077, l’humanité a mis en place un réseau de surveillance spatiale après qu’une météorite a détruit des villes européennes. Les capteurs détectent un objet massif qui pénètre dans le système solaire à une vitesse anormale. Sa forme est parfaitement cylindrique — plus de cinquante kilomètres de long. Il ne peut pas être naturel. On l’appelle Rama, d’après la divinité hindoue, les mythologies gréco-latines ayant été épuisées pour nommer les astéroïdes.

Le vaisseau Endeavour est envoyé à sa rencontre. Son commandant, le capitaine Norton, est chargé d’explorer l’intérieur de Rama avant que l’objet ne reprenne sa trajectoire vers le Soleil. Le récit suit cette exploration minute par minute : le sas d’entrée, l’obscurité intérieure, puis la mise en marche progressive de systèmes qui semblaient morts. Rama s’éveille au contact des hommes.

La rigueur comme style

Ce qui distingue Rendez-vous avec Rama de la plupart des romans de premier contact, c’est le refus de la dramatisation facile. Clarke ne crée pas de méchant, pas de moment de panique catastrophique, pas de révélation finale fracassante. Les hommes explorent, observent, prennent des notes, posent des hypothèses. La tension naît de l’inconnu lui-même, pas de pièges tendus par un auteur. Quand des « biorots » — des robots biologiques — apparaissent soudain dans les couloirs de Rama, ils ne s’en prennent à personne. Ils vaquent à leurs occupations, indifférents aux visiteurs. C’est précisément cette indifférence qui est terrifiante.

Le questionnement sur Rama est celui-là : pourquoi ce vaisseau est-il là ? Pour qui ? Vers où ? Clarke évite soigneusement d’y répondre. Le roman se ferme sur une sortie du système solaire aussi silencieuse que l’entrée. La dernière phrase est l’une des plus belles de la science-fiction.

Meilleur que 2001

Pour moi ce livre est meilleur que le très fameux 2001 l’odyssée de l’espace. On y retrouve la marque de fabrique de Clarke — rigueur scientifique, questionnement philosophique sur la place de l’humanité dans l’univers — mais sans le mysticisme de la séquence finale que Kubrick avait cofinvoqué. Rama pose la question sans réponse. C’est plus honnête, et plus durable.

Les trois suites — Rama II, Les jardins de Rama, Rama revellé — ont été coécrites avec Gentry Lee et apportent des réponses. Elles sont beaucoup moins bonnes. Il vaut mieux lire le premier tome comme une œuvre autonome et résister à la tentation de la suite.

Un court extrait du livre

Tôt ou tard cela devait arriver. Nécessairement. Le 30 juin 1908, Moscou échappa de peu à la destruction, ce qui, à l’échelle de l’univers, ne constituait qu’une marge infime. Se déplaçant à cinquante kilomètres par seconde, un millier de tonnes de roc et de métal percuta les plaines de l’Italie du Nord, détruisant, en quelques secondes incendiaires, le labeur des siècles. Les morts furent six cent mille.

Rendez-vous avec Rama, Arthur C. Clarke

Une des rares œuvres de science-fiction où le silence vaut plus que la réponse. À lire sans les suites.

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