Jules Verne : l’ordre de lecture
On imagine souvent Verne comme un homme qui regardait vers le futur. C’est vrai en partie. Mais ce qui frappe surtout, à relire ses grands romans dans l’ordre, c’est son obsession pour un moment précis : celui où quelqu’un, dépouillé de tout, doit décider ce qu’il garde de la civilisation et ce qu’il abandonne.
Sur soixante romans, cinq ou six tiennent vraiment la distance.
Vingt mille lieues sous les mers (1870) reste le meilleur point d’entrée, et de loin. Le capitaine Nemo fuit le monde à bord d’un sous-marin d’avant-garde ; le professeur Aronnax raconte, depuis l’intérieur, ces trois mois où il découvre qu’un homme peut refuser la civilisation entière sans pour autant renoncer à sa dignité.
Quinze ans plus tard dans la fiction, Verne fait revenir Nemo dans L’Île mystérieuse. Cette fois, des naufragés reconstruisent une civilisation à partir de rien – électricité, métal, vêtements – pendant que Nemo, caché, les observe sans se montrer. Verne ne tranche jamais entre les deux options : reconstruire ou disparaître. C’est sans doute pour ça que le livre reste lu.
Avant tout ça, en 1863, il y a Voyage au centre de la Terre– le Verne le plus simplement joyeux, sans dilemme moral, juste l’émerveillement d’un professeur de géologie qui découvre un monde souterrain. Si les deux précédents vous semblent trop graves, commencez plutôt par celui-là.
Les autres méritent une mention rapide. Michel Strogoff est une chevauchée à travers la Russie, sans profondeur particulière mais efficace en vacances. De la Terre à la Lune pose une question fascinante – comment atteindre la lune ? – que sa suite, Autour de la Lune, ne sait pas vraiment prolonger une fois la question résolue.
Un ordre simple, donc : Vingt mille lieues sous les mers d’abord, L’Île mystérieuse ensuite si Nemo vous a marqué, Voyage au centre de la Terre si vous cherchez de la légèreté. Le reste, seulement si la curiosité persiste. Verne a écrit pendant quarante ans ; ses derniers livres ne surprennent plus grand monde, mais les premiers posent encore une question qu’on n’a pas vraiment réglée : qu’est-ce qu’on choisit de reconstruire, une fois que tout s’est effondré ?
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