Alain Baraton : Dictionnaire amoureux des jardins
Le jardinier de Versailles signe en 2012 un dictionnaire de passion, de mémoire et d’admiration pour tous les jardins du monde.
Il y a des livres qui ressemblent à leurs auteurs. Celui-ci, rangé sous la lettre D pour « dictionnaire », ne l’est que par sa forme et son ordre alphabétique. C’est en réalité un carnet de curiosités, un journal de promenades à travers les siècles, les continents et les civilisations. Le tout porté par la voix reconnaissable d’Alain Baraton, jardinier en chef du domaine de Versailles.
Le livre s’ouvre sur une ambition modeste, déclarée dès les premières pages : ne parler que des jardins que l’auteur connaît, et mieux encore, qu’il apprécie. Ce parti pris subjectif est précisément ce qui en fait la valeur. On n’est ni dans un guide, ni dans un manuel d’horticulture. On est dans la tête d’un homme qui a passé sa vie à observer la nature domestiquée, et qui en a tiré une philosophie aussi discrète que solide.
« On m’a proposé il y a peu de retourner en Chine pour enseigner à des jardiniers l’art du jardin à la française. Je ne peux ni veux décliner une telle proposition, qui m’honore bien sûr, mais qui va surtout me permettre de demander à mes homologues asiatiques de me dévoiler quelques-uns de leurs secrets. Ils savent, malgré les nombreuses replantations et restaurations, respecter l’âme d’un jardin et celle de son créateur. Que l’on soit assis au pied d’un vieux catalpa, à l’ombre d’une pagode ou sur la berge d’une rivière, le jardin chinois nous transporte et nous invite à réfléchir et à nous souvenir de Confucius qui, mieux que quiconque, savait observer la nature et qui écrivit : « C’est seulement quand l’hiver est arrivé qu’on s’aperçoit que le pin et le cyprès perdent leurs feuilles après tous les autres arbres. » A méditer. »
Alain Baraton, Dictionnaire amoureux des jardins
Des jardins de Babylone au parc de Versailles, Baraton vagabonde avec une curiosité qui ne se fatigue pas. Le livre rend hommage aux écrivains qui ont su « domestiquer et magnifier cette nature reconstituée » : Hugo, Chateaubriand, Garcia Lorca, Prévert et aux peintres qui s’en sont inspirés : Monet, Caillebotte, Picasso. Chaque entrée devient un prétexte à une digression, à une anecdote, à une citation. Le lecteur suit, sans chercher à résister.
Ce qui frappe, au fil des pages, c’est la conviction discrète qui traverse le livre : un jardin n’est pas un décor. C’est, selon Baraton lui-même, « le passé et l’avenir d’une région, d’un pays, d’une religion, d’une civilisation ». Cette phrase, posée comme une évidence, résume l’ambition de l’ouvrage. Le jardin est un document historique, un objet culturel, un espace de mémoire. Il dit quelque chose de ceux qui l’ont pensé, planté, entretenu et de ceux qui le parcourent aujourd’hui.
Baraton écrit avec le même naturel qu’il parle. La phrase est claire, l’érudition ne pèse pas. Et quand il évoque l’idée de se rendre en Chine pour enseigner l’art du jardin à la française à des jardiniers chinois et espère en retour apprendre leurs secrets, on perçoit l’essentiel de ce qui fait la qualité du livre : une ouverture sincère, une humilité de praticien, une curiosité qui n’a pas d’âge.
Le Dictionnaire amoureux des jardins ne prétend pas à l’exhaustivité. Il est partiel, partial, personnel. C’est justement pour cela qu’on le lit avec plaisir et qu’on le referme avec l’envie d’aller marcher quelque part, sous des arbres, loin du bruit.