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De l’inégalité parmi les sociétés de Jared Diamond

Fusils, microbes et acier : le sort des sociétés humaines

Pourquoi l’Occident a-t-il dominé le monde ? Dans son essai « Fusils, microbes et acier : Le sort des sociétés humaines », Jared Diamond propose une réponse audacieuse à une question historique majeure : pourquoi les sociétés européennes ont-elles dominé le monde au cours des trois derniers siècles, plutôt que les Incas, les Chinois ou d’autres civilisations ? À travers une analyse rigoureuse de l’histoire de l’humanité sur plus de 13 000 ans, Diamond démontre que cette domination n’est pas le fruit d’une supériorité intrinsèque, mais le résultat d’une série de hasards environnementaux et géographiques.

Une question fondamentale

Jared Diamond part d’une interrogation simple, mais profonde : pourquoi certaines sociétés ont-elles connu un développement technologique et politique plus rapide que d’autres ? Pour y répondre, il explore les facteurs environnementaux, biologiques et géographiques qui ont influencé l’évolution des civilisations.

Les facteurs clés de la domination occidentale

Diamond identifie plusieurs éléments déterminants :

  • La géographie : L’orientation est-ouest de l’Eurasie a favorisé la diffusion des innovations agricoles et technologiques, contrairement à l’orientation nord-sud des Amériques et de l’Afrique.
  • La disponibilité des ressources : L’Eurasie disposait d’un plus grand nombre d’espèces animales et végétales domesticables, ce qui a permis une transition plus rapide vers l’agriculture sédentaire.
  • La résistance aux maladies : Les Européens, exposés à des épidémies depuis des millénaires, ont développé une immunité relative, ce qui leur a donné un avantage lors de la colonisation des Amériques.

Une remise en cause des théories racistes

L’auteur rejette fermement l’idée selon laquelle les différences de développement entre les sociétés seraient liées à des différences biologiques ou culturelles. Il souligne que les inégalités actuelles sont le résultat de conditions initiales favorables, et non d’une supériorité intellectuelle ou morale.

Une approche pluridisciplinaire

Jared Diamond combine l’histoire, la biologie, la géographie et l’anthropologie pour offrir une vision globale de l’évolution des sociétés. Cette approche permet de comprendre comment des facteurs apparemment mineurs (comme la présence de chevaux ou de blé) ont pu avoir des conséquences majeures sur le développement des civilisations.

Un style accessible

Contrairement à de nombreux essais académiques, « Fusils, microbes et acier » est écrit dans un style clair et accessible. Diamond utilise des exemples concrets et des anecdotes pour illustrer ses thèses, ce qui rend le livre captivant même pour les non-spécialistes.

Une réflexion sur le présent

L’ouvrage invite à réfléchir sur les enjeux contemporains, notamment le réchauffement climatique et les inégalités mondiales. En montrant comment l’environnement a façonné l’histoire, Diamond rappelle que les sociétés humaines restent dépendantes de leur milieu naturel.

« De l’inégalité parmi les sociétés » est un essai incontournable pour comprendre les mécanismes de l’histoire mondiale. Jared Diamond y démontre que les inégalités entre les sociétés sont le résultat de facteurs environnementaux et géographiques, et non de différences culturelles ou biologiques. Une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à l’histoire, à l’anthropologie ou aux enjeux contemporains.

Le titre original en anglais de l’essai de Jared Diamond est « Guns, Germs, and Steel: The Fates of Human Societies » (littéralement : « Fusils, microbes et acier : le sort des sociétés humaines »)

Un court extrait du livre

En juillet 1972, je me promenais sur une plage de l’ile tropicale de Nouvelle-Guinée où, en tant que biologiste, j’étudie l’évolution des oiseaux. J’avais déjà eu vent d’un dénommé Yali, homme politique local remarquable, qui faisait alors le tour du district. Par hasard Yali et moi allions ce jour-là clans la même direction. Il me rattrapa et nous marchâmes ensemble une bonne heure, sans cesser de discuter.

Yali rayonnait de charisme et d’énergie. Ses yeux brillaient de manière fascinante. Il parla avec assurance de sa personne, mais il posa aussi quantité de questions pénétrantes et me prêta une oreille attentive. Notre conversation commença par un sujet alors présent à l’esprit de tous les Néo-Guinéens : la rapidité des changements politiques. À l’époque, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, comme on appelle aujourd’hui la nation de Yali, était encore administrée par l’Australie dans le cadre d’un mandat des Nations unies, mais l’indépendance était dans l’air. Yali m’expliqua ses efforts pour préparer la population locale à cette perspective.

Au bout d’un moment, il changea de sujet et se mit à me presser de questions. Yali n’avait jamais quitté la Nouvelle-Guinée et avait arrêté ses études au lycée, mais il était d’une curiosité insatiable. Pour commencer, il voulut savoir en quoi consistait mon travail sur les oiseaux de Nouvelle-Guinée (y compris combien j’étais payé pour le faire). Puis il me demanda comment les ancêtres de son peuple avaient atteint la Nouvelle-Guinée au cours des quelques dizaines de milliers d’années passées et comment les Européens blancs l’avaient colonisée dans les deux cents dernières années.

La conversation demeura amicale, alors même que nous était familière la tension qui régnait entre les deux sociétés que nous représentions, Yali et moi. Il y a deux siècles de cela, tous les Néo-Guinéens vivaient encore « à l’âge de pierre ». Autrement dit, ils employaient encore des outils de pierre semblables à ceux que remplacèrent les outils métalliques en Europe voilà des milliers d’années. Et ils vivaient dans des villages qui n’étaient pas soumis à une autorité politique centrale. Les Blancs étaient arrivés, avaient imposé un gouvernement centralisé et apporté des biens matériels, dont les Néo-Guinéens reconnurent aussitôt la valeur : des haches de métal, des allumettes, des médicaments, mais aussi des vêtements, des boissons sans alcool et des parasols. En Nouvelle-Guinée, on désignait tous ces biens sous le nom cargo.
Nombre de colons blancs ne cachaient pas leur mépris envers les Néo-Guinéens, qu’ils jugeaient  » primitifs « . Le moins capable des « maîtres » blancs lui-même – on les appelait encore ainsi en 1972 – jouissait d’un niveau de vie très supérieur à celui des Néo-Guinéens, même à celui des responsables politiques charismatiques comme Yali. Ce dernier n’en avait pas moins pressé de questions quantité de Blancs comme il le faisait avec moi, et j’avais moi-même pressé de questions quantité de Néo-Guinéens. Nous savions parfaitement tous deux que les Néo-Guinéens sont en moyenne au moins aussi dégourdis que les Européens. Il devait avoir tout cela présent à l’esprit lorsque, me jetant un nouveau regard pénétrant de ses yeux brillants, il me posa cette question : « Pourquoi est-ce vous, les Blancs, qui avez mis au point tout ce cargo et l’avez apporté en Nouvelle-Guinée, alors que nous, les Noirs, nous n’avons pas grand-chose à nous ? « 

De l’inégalité parmi les sociétés, Fusils, microbes et acier : le sort des sociétés humaines, essai de Jared Diamond
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